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Poltergeist
est un nom absent de la quasi-totalité des grands dictionnaires
français contemporains. On le traduit couramment par l'expression «
esprit frappeur ». Pour le remplacer, l'écrivain et parapsychologue
René Sudre a proposé sans succès le néologisme thorybisme, par
dérivation d'un mot grec signifiant bruit ou trouble. En 1948, le
docteur Thomas Bret utilise, sans plus de succès, l'expression
Métapsychorragie métacinétique.
Les manifestations d'un poltergeist présentent tout ou partie d'une
gamme considérable d'effets défiants la raison : coups ou bruits
violents de percussion, bruits divers, sans cause identifiable ;
jets de pierres ou de débris inexpliqués, visant l'intérieur ou
l'extérieur d'une maison (lithobolie); déplacement ou projection
d'objets (parfois brisés), pouvant aller jusqu'à leur lévitation ou
leur apparente téléportation à travers des parois solides. Plus
rarement : combustions spontanées ; actions sur les personnes :
contacts, griffures, morsures et lévitations] ; emploi d'une voix
spectrale (utilisation des « fausses cordes vocales » des victimes[N
3]) et apparitions. Voici la description qu'en fait Ernest Bozzano:
«
Outre les phénomènes auxquels nous avons fait allusion, de meubles
qui se déplacent, de fenêtres et portes qui claquent, de vaisselle
qui se brise, il s'agit très souvent de sonnettes qui ne cessent de
s'agiter bruyamment sans cause apparente, même après qu'elles ont
été isolées par la suppression des cordons et des fils. Tout aussi
fréquents sont les cas de « pluies de pierres », présentant des
traits caractéristiques fort remarquables, comme lorsque les pierres
parcourent des trajectoires contraires aux lois physiques, ou
s'arrêtent en l'air, ou tombent lentement, ou atteignent avec une
dextérité très insolite un but déterminé, ou frappent sans faire de
mal, ou bien sans rebondir ensuite, comme si elles étaient
empoignées par une main invisible ; ou comme lorsque les pierres se
trouvent être chaudes, voire même brûlantes. En d'autres
circonstances, les draps sont violemment arrachés des lits des
personnes couchées, ces dernières étant soulevées et déposées
doucement sur le sol, si toutefois les lits eux-mêmes ne sont pas
renversés. »
Les manifestations semblent en général purement « gratuites » et
totalement dénuées de cause et de logique. Malgré des dégâts
matériels, parfois importants, les personnes présentes sont rarement
blessées :
«
Mais ce qui nous a le plus étonnés, c'est qu'aucune des 300 pierres
jetées n'ait touché personne ; le premier jour, mon petit garçon
était au jardin, ma petite fille dormait au premier, dans son
berceau près de la fenêtre ouverte ; ils n'ont été incommodés en
aucune façon ; la bonne a reçu, il est vrai, un quart de brique sur
la tête, mais elle n'en a presque pas souffert ; mon beau-père a été
touché au bras et il s'est écrié « Tiens, je n'ai rien senti ». »
Le phénomène est attesté dans toutes les régions du monde, en Europe
et aux États-Unis, mais aussi en Chine, en Afrique, en Amérique du
Sud, au Japon, en Inde, en Nouvelle-Zélande, en Patagonie, aux
Antilles, à Java, etc. Il est aussi présent à toutes les époques: le
chercheur Hereward Carrington en a identifiés cinq antérieurs à l'an
mil, et 130 entre le XIe siècle et la fin du XIXe siècle. Toutefois,
une étude concernant les phénomènes "psi" dans l'antiquité, ne
trouve « aucun récit préchrétien reconnaissable » décrivant un
poltergeist, bien que Suétone cite le cas d'un homme qui, s'étant
endormi dans un lieu sacré, s'en est trouvé soudain éjecté, avec son
lit, « par une force occulte subite ».
S'agissant de phénomènes dits paranormaux ou surnaturels, de
nombreux témoignages sont souvent le fruit d'une imagination
excessive de la part des témoins, voire de désordres psychologiques.
Dans le cas des « esprits frappeurs » il s'agit, dans la plupart des
cas relevés, de bruits naturels venant du « travail » des
menuiseries ou de la maçonnerie, du passage de petits animaux ou du
bruit de cours d'eau souterrains.[N 4] S'y ajoutent évidemment des
supercheries délibérées[N 5], des plaisanteries de mauvais goût et
des actes de malveillance.
Selon le professeur Charles Richet :
«
Mais pour les phénomènes objectifs la difficulté est autre. Là en
effet toutes les fraudes sont possibles, et l'expérience a prouvé
que les fraudes étaient fréquentes, très fréquentes. Quand, dans une
maison dite hantée, s'entendent des fracas divers, bruits de portes
qui s'ouvrent et se ferment, roulement de meubles, bris de
vaisselles, et tout le cortège ridicule de manifestations qui est de
coutume dans les hantises, l'idée vient tout d'abord qu'il s'agit
d'une forte plaisanterie, faite par des individus mal intentionnés,
des domestiques renvoyés, des gens intéressés à faire quitter la
maison à tel ou tel de ses habitants. Le plus souvent il faut
incriminer, comme cause de ces infestations, de très jeunes gens, de
l'un ou l'autre sexe, à demi idiots, à demi vicieux, qui, sans trop
comprendre ce qu'ils font, jettent des pierres, cassent des vitres,
en dissimulant leurs gestes et en laissant croire qu'ils sont restés
immobiles, n'ayant d'autre motif que de tromper. »
Toutefois il reste un grand nombre de témoignages, de toutes les
époques et dans toutes les cultures, qui tendent à démontrer qu'il
se produit épisodiquement des phénomènes inexpliqués, constatés par
des témoins dignes de foi et donnant parfois lieu à de très
officiels constats de gendarmerie[N 6] ou à des enquêtes
approfondies, éventuellement accompagnées d'enregistrements
physiques[N 7] ou photographiques.[N 8].
Comme le note Pascale Catala:
«
Dans les dossiers sur lesquels ils enquêtaient, les parapsychologues
ont souvent découvert que des sujets simulaient les poltergeists en
provoquant eux-mêmes les dégâts (en cassant des objets ou les
renversant, en lançant des pierres, etc.). Alan Gauld a relevé des «
fraudes » dans 12% des cas, et Hans Bender dans 26%, et ceci même
dans les cas où on avait pu mettre en évidence par ailleurs des
événements paranormaux. Il convient donc de rester très prudent et
d'adopter une attitude nuancée : ce n'est pas parce qu’un sujet
fraude ou simule, qu'il s'agit obligatoirement d'un faux
poltergeist. Tizané faisait remarquer que les gendarmes prenaient
souvent un sujet en flagrant délit, et décrétaient que l'affaire
était résolue, alors qu'il n'en était rien, certains phénomènes
restant totalement inexpliqués. »
Le docteur Maxwell avait, en son temps, fait des remarques allant
dans le même sens :
«
Nous ne savons pas en effet quelles sont les causes qui peuvent
amener certains sujets à frauder : dans la majeure partie des cas,
on ne trouve aucun intérêt qui puisse les guider ; on ne s'explique
pas l'origine des manifestations ; on ne comprend pas comment des
petites filles de dix ou douze ans aient eu l'idée d'imaginer de
lancer des pierres, de casser des vitres ou de faire danser des
fauteuils et voltiger des assiettes. L'explication de leur conduite
devient au contraire facile, si nous supposons que des phénomènes
vrais ont précédé l'imitation qu'en fait le jeune sujet et lui en
ont suggéré l'idée. Nous serions en présence de ces cas de fraude
mixte, où quelques vérités se mêlent aux mensonges, cas fréquemment
observables chez les sujets professionnels du somnambulisme ou du
spiritisme. »
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